Ce matin, sur le banc de l’osthéo j’aurai bien arrêté le temps. Enfin, le temps tout autour, pas les doigts qui bougaient tout doucement le long de ma colonne, ni l’enchaînement de piano romantique qui passait en douce derrière...même si ça n’est pas ma période préférée...
Je voudrais que ça s’arrête.
Mais ça va finir par s’arrêter, c’est ça le pire.
D’une certaine manière. Les déjà parents ricannent. Mais oui, pour le moment, j’ai l’impression que cet été sera plus reposant que cet hiver interminable.
Je ne suis pas faite pour les dernières lignes droites. Surtout une ligne droite qui concerne un projet qui a sinué pendant autant d’années.
Et je découvre que même les lignes droites de projets courts sont aussi désagréables.
Et puis ce n’est pas comme si il y en avait qu’une.
Par extension, c’est vrai que je continue de me demander pour quelles parties je suis faite finalement...Si ...au début c’est toujours bien. Après tu commences à regarder ce qui a été fait et c’est comme si la magie disparaissait.
OOOoohh Mon Dieu, c’est horrible ce que vous dites là !
Je suis fatiguée de courir plusieurs lièvres à la fois, je vois surtout ce que j’y perd pour le moment.
Bah oui. Ca ne me fait pas vraiment rire.
Bref.
Je vais retourner travailler.
C’est bien, c’est toujours aussi bien, c’est comme un début de relation amoureuse. Il n’y a pas d’habitude, que de la découverte.
J’ai une qualité de concentration que je ne trouve pas ailleurs en ce moment.
Je mets des passages, ça ne sera pas muet, mais je reviendrai avec les dialogues plus tard, déjà, là, j’arrive presque à faire des planches...
Ce week end, j’ai repoussé l’écran, la palette graphique, ramassé les disques durs, mon story board, j’ai sorti du papier, des crayons, un peu de peinture, une grosse gomme.
Après une semaine bien chargée, j’ai ressorti le dossier bande dessinée...
Ceux qui suivent remarquerons que depuis cet été je n’ai pas fait beaucoup d’allusions à ce projet. Mais oui...
Mais j’ai du mal à être sur tout les fronts pour être honnête.
Et aussi pour être honnête je me demandais bien comment j’allais régler ce problème de dessin tout mou que j’avais...et je repoussais un peu le moment ou j’allais devoir me frotter à nouveau au problème, c’est vrai !
BON ! Mais pour commencer, quand j’ai relu mon découpage j’ai eu encore plus les boules.
Sauf que je n’ai pas le choix là vu les circonstances, de toutes façons, il faut s’y coller alors je me suis dit "Tu as deux jours devant toi, le tout c’est de redémarrer la machine, tranquillou comme dit Michel", j’ai sélectionné un passage qui me disait bien, pas trop effrayant, et puis j’ai commencé...
Et puis au bout de quelques heures, j’avais plutôt avancé, et là un sentiment rare m’a envahi...la satisfaction...!
Pas de trouver que j’ai fait un truc génial ahahaha ! la blague ! Non, simplement, la satisfaction de n’avoir pas vu passer le temps et d’avoir pris du plaisir.
À côté de ce que je fais en animation en ce moment, dessiner pour de la bande dessinée, c’est comme faire des petits bisounours souriants sur des petits nuages.
Et puis, il n’y a rien à faire, finir une planche ça vient tellement vite ! Ahlala c’est fou ! Même si tu refais des dessins, c’est pas comme refaire une animation, quand quelque chose cloche, bah c’est à peu près vite résolu... ( Enfin, faudrait pas que je parle trop vite, parce qu’il me reste quand même une trentaine de planches et toutes mes sessions ne seront peut-être pas aussi fructueuses....)
Alors que finir un plan "oh mon Dieu", ça c’est long, chez moi c’est long...!
Je ne vais pas rentrer dans le détail et commencer à me demander si l’un est plus "facile" ou "évident" que l’autre, c’est sûrement une question de contexte, de contraintes, - je me rappelle avoir surtout travaillé le piano pendant mes études d’illustrations - ...
C’est juste que quand, en création, quelque chose se passe bien, c’est une source d’énergie pour le reste et ça fait vraiment du bien.
Et je crois que ça n’était pas arrivé depuis un bon moment avec le dessin et fatalement ça finit par poser un sérieux doute.
Voilà, mais pour le moment, le plaisir est là. OUf.
Je fini par aller voir la maîtresse au bureau pour lui dire que je ne comprend pas la phrase.
"Il pêle une pêche."
C’est l’humiliation quand je retourne à ma place en ayant pris conscience qu’il s’agit du fruit.
À part ça, je continue de penser que ça manque de pêche...
Sans jeu de mot.
8 pages sur 42.
Ca ce sont les chutes.
J’ai refait la moitié.
Je cherche donc ça n’est pas un problème.
Les planches, c’est pas que je veux faire des mystères mais je vais les laisser dormir ( c’est moi qui vais dormir surtout ) et puis je verrai dans quelques jours, en plus là, il faudrait les scanner tout ça et j’ai la flemme.
Déjà j’ai rangé mon bureau !
Vous noterez que je n’ai même pas fait une rotation de l’image.
C’est sûrement un acte manqué.
Ooooh on dirait le petit chien dans Martine...
Marcel Marlier sort de ce corps !
Je le savais !
Je le savais ! Je le savais !
Je savais qu’elle me guettait la chienne !
Je fais des croquis, on n’y comprend pas grand chose mais c’est vivant, je place les lignes principales, c’est le bordel mais c’est vivant, je passe au final, et là, ça se fige complètement.
Pourquoi ? Parce que à ce moment là, j’arrête de chercher, il ne se passe plus rien, c’est du sous-dessin, voilà ce qu’il se passe.
Je me sens comme un petit enfant apeuré devant son petit papier "spécial".
Et c’est fatal, le chien arrête d’être surpris, la grand mère n’est plus enthousiaste, la petite fille s’éteind...
BON,
C’est pas grave.
Je vais me reprendre.
Je vais trouver.
J’ai le temps.
"Je plongeais dans l’eau et le rouleau passait par dessus brassant mes 30 kilos, les algues et le sable. Les vagues étaient si violentes parfois, et l’écume tellement dense que lorsqu’ elle se répandait à la surface de l’eau, elle faisait disparaître la lumière autour de moi. Du fond de l’eau, je croyais être sous la coque d’un bâteau. J’avais encore le temps d’imaginer ma grand mère m’ayant vu disparaître dans les rouleaux, clopinant au bord de l’eau les yeux humides prête à me crier dessus...Je refaisais surface penaude et regardais incrédule les alentours déserts et l’écume déchirée. Trop vite une nouvelle vague déferlait avant que je ne puisse reprendre mon souffle.
Au bout d’un moment, lessivée, je finissais par remonter la plage et trouvais ma grand mère et le chien endormis sous le parasol délavé."
Ca fait partie de ces fois où un souvenir jaillit tellement distinctement que je dois l’écrire et gribouiller un truc illisible, "pour plus tard".
Après ça je me suis dit "Mamie un jour je ferai un livre avec toi, ...et tout le reste".
On y est presque.
J’ai fait un premier découpage.
YEEAAAHH !
Je rappelle avec pas mal de bonheur une série de souvenirs pour faire mon découpage : ma grand mère, son chien, la "maison", le jardin, la plage, la pêche, le port, la voiture, la cuisine, et le pyjama en éponge à emmanchure raglan,...
Si je pouvais tout y mettre pour ne plus rien oublier...
En fait ça n’est pas elle, il manque plus de la moitié de ce qu’elle m’inspire...
De toutes façons, dans des planches on a ni les sons, ni les parfums et je ne pourrai jamais non plus décrire le contact avec la peau de ses joues ...
Et puis on se calme, ça restera une fiction quand même.
J’ai dit que je ferai un livre avec elle, pas un livre sur elle.